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Le générique du dernier film de Jason Reitman (Thank you for smoking, Juno), Up in the air, utilise le territoire américain vu du ciel comme une vaste composition graphique dans laquelle le réalisateur vient découper des plans, les cadrages faisant ressortir le caractère géométrique des cultures intensives, mettant en scène la beauté des courbes d’un fleuve, ou insistant sur le motif des zones résidentielles dans lesquelles s’entassent les maisons réparties à l’intérieur de blocs orthogonaux.

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Bien sûr, ce point de vue renvoie immédiatement au travail du photographe américain Alex Mc Lean, qui depuis de longues années, survole ce même territoire à la recherche d’images insolites ou de scènes rendues particulières ou spectaculaires par cette position.

Il nous fait également penser aux images du français Yann Artus Bertrand récemment popularisé par son documentaire « Home ».

Ce générique offre aussi l’opportunité d’en présenter quelques autres, dans lesquels milieu urbain et architecture occupent une place prédominante voire centrale, et d’observer comment l’introduction du titre et des crédits est l’occasion de jeux typographiques, animés ou non.

Le générique du film Candyman de Bernard Rose, sorti en 1992 est à ce titre particulièrement éloquent: un seul plan fixe aérien suit un flux de voitures, dans un travelling de droite à gauche. La route sert de support à la typographie, qui entre dans le cadre, se fixe le temps nécessaire à la lecture avant de ressortir aussitôt.

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L'introduction de la typographie, dans sa composition comme dans l'entrée et la sortie du cadrage est ici particulièrement élaborée et intéressante, mais reste du registre du "plaquage", le film ne servant que de support pour venir y apposer les informations textuelles.

Le célèbre Alfred Hitchcock a en son temps su s’entourer du formidable Saul Bass pour le générique de son film North by Northwest de 1959, qui lui utilise directement l’architecture (la façade d’un immeuble) comme une grille sur laquelle la typographie vient se construire. Ce procédé simple et particulièrement pertinent vient mettre à jour de façon très pédagogique le lien entre construction typographique et construction immobilière.

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Dans le générique du film Durval Discos, réalisé par Anna Muylaert en 2002, la typographie est directement intégrée dans l’espace urbain lui-même. La caméra déambule Rua Teodoro Sampaio, une rue de São Paulo connue pour sa concentration de magasins d’instruments de musique. Les crédits sont directement incrustés dans le mobilier urbain, les publicités, les affichettes sauvages.

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Le générique de Panic Room de David Fincher, sorti en 2002, utilise quant à lui une typographie monumentale hyperréaliste, qui flotte de façon surréaliste au milieu des immeubles de Ney-York et se reflète dans leurs vitres, ce qui donne l’impression de véritables lettres géantes construites flottant dans l’espace, faisant rivaliser typographie et architecture à des échelles identiques.

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On retrouve un principe identique dans le clip du rappeur américain Common réalisé par Kanye West « The Corner« .

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Il est intéressant de constater que chaque procédé change la dimension sémantique des mots qu’il met en scène: les mots apposés sur les images, intégrés dans un espace urbain à une échelle humaine ou de façon démesurée, ultra-réaliste, et dans un équilibre menaçant, ont-ils le même poids et la même signification? C’est une question qui reste en suspens…

(Article réalisé avec la contribution de Guillaume Grall et David Poullard)

À Marne-la-Vallée