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Le projet « A love letter for you » est une initiative de l’artiste Steve Powers, qui commence la pratique du graffiti à Philadelphie dès 1984, sous le pseudonyme Espo.

Dans ses travaux de « graffiti artist », on peut très tôt remarquer son approche novatrice, qui est paradoxalement assez proche de celle des peintres en lettres pour les publicités murales d’antan.

Celui-ci s’amuse en effet à détourner ou parodier des illustrations ou lettrages habituellement utilisés dans des messages commerciaux, ce qui contribue à rendre les frontières floues entre ses interventions et celles des publicités dans la ville.

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Il s’illustre entre autre par ses réalisations regroupées sous l’appelation « community improvement » (littéralement les « améliorations pour la communauté »). S’attaquant à des morceaux d’espace urbain dégradés par des graffiti hétérogènes, il décide de les « uniformiser » en un seul et unique visuel qui vient recouvrir tous les autres et ainsi offrir « une remise à neuf » de ces espaces définis.

(Avant)

(Avant)

(Après)

(Après)

L’été dernier, Steve Powers décide de retourner dans sa ville natale afin d’écrire, dans le cadre d’un projet artistique, une lettre d’amour le long des murs de cinquante immeubles faisant face à la ligne de métro aérien Market-Frankford.

Ce projet d’art public à grande échelle, mené en collaboration avec The Mural Art Program (une initiative de la ville de Philadelphie), et le Pew Center for Arts and Heritage (un organisme visant à promouvoir l’art en Pennsylvanie) a necessité 1200 bombes de peinture, près de 3000 litres de peinture en pot, et la participation de vingt des meilleurs artistes peintres muraux américains.

Ce qu’il est intéressant de souligner dans ce projet à multiples facettes, au dela de la taille et de la qualité des réalisations, est le ré-investissement d’une activité considérée comme illégale au sein d’un projet local, municipal, et altruiste. Ces messages positifs, ludiques et poétiques (une lettre d’amour d’un homme à une femme, disséminée le long des immeubles) touchent et toucheront évidemment une part importante d’individus dans leur déplacements quotidiens, et sauront titiller la curiosité des touristes.

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L’artiste a par ailleurs tenu à associer les habitants au contenu rédactionnel des mots à peindre, ce qui est sans conteste une façon de faire en sorte que la population locale s’approprie ce projet d’envergure et que celui-ci puisse éventuellement devenir le cœur d’une dynamique de développement pour ce quartier.

Un blog retraçant le projet et l’ensemble des murs peints est accessible ici, tandis qu’un livre expliquant et l’illustrant est disponible à cette adresse.
Ci-dessous, une vidéo du projet dans laquelle Steve Powers nous explique son déroulement et ses enjeux:

On prend un vrai plaisir à regarder l’ensemble de ces peintures, qui par leur taille et leur style, se confrontent directement aux panneaux publicitaires, et offrent une parenthèse lyrique et sensible dans le paysage urbain, en s’appropriant des codes et des supports habituellement réservés à la diffusion de messages guidés par un intérêt financier.

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Ce type d’initiative n’est pas sans rappeler le travail (moins légal) de Eine, qui investi les devantures de magasins et autres murs de briques londoniens pour y réaliser des caractères typographiques, lettres ou mots complets, dans un type de lettrage qui se détache également de l’esthétique propre à cet univers pictural.

Ce dernier a ainsi déjà réalisé un alphabet complet réparti sur les stores de boutiques (voir ici), que beaucoup de touristes ou amateurs s’amusent à chercher lors de leurs pérégrinations dans la capitale anglaise…

On connaît aussi ses messages plus radicaux comme la gigantesque inscription « Scary » sur un mur de plus de cinquante mètres de long, « vandalism », ou encore « Mash the Tate », le tout réalisé à des échelles, et avec une finition et une composition qui questionnent la présence légitime ou non de ces messages dans l’espace public. Aurait-on vraiment raison d’effacer ces productions?

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La preuve, une fois encore, que architecture et typographie sont deux disciplines très souvent étroitement liées, l’une servant fréquemment de support à l’autre et vice-versa…

(Merci à Olivier Lebrun pour son aide dans la préparation de cet article ainsi que pour nous avoir parlé du projet A Love Letter for you)