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Après-Sangatte, par Bruno Serralongue

Une réalité, deux approches, une polémique. Si à première vue, le travail de Bruno Serralongue peut être comparé à celui d’un journaliste, sa méthode et sa démarche en sont en fait très éloignées. Ses photographies retranscrivent en effet l’actualité avec une certaine distance, en instaurant une temporalité différente de celle des médias de masse. Bruno Serralongue se plonge au coeur des coulisses et «à-côtés» d’une manifestation pour questionner le degré d’authenticité de l’image médiatisée. Sous son regard et grâce au (dé-)cadrage qu’il opère, l’actualité prend une forme artistique. Ses photographies incitent le spectateur à s’interroger sur les notions de représentation, de point de vue et de distance.

« En 2007, Serralongue suit les “errants de l’après-Sangatte”, ces migrants qui cherchent, coûte que coûte, à rejoindre l’Angleterre. Ils vivent la nuit dans des abris de fortunes, des sortes de terriers dans la forêt avoisinante de Calais. Le jour, ils zigzaguent dans un no man’s land de grillages, de voies abandonnées, à la recherche d’un point de départ clandestin. Un camion, un train, un bateau. Les prises de vues de Serralongue ne sont pas spectaculaires, son point de vue est sans effet d’optique. Il est celui de vous, de moi, qui rencontrerait, au détour d’une promenade, ces scènes de précarité absolue.»
Louis Mesplé, Rue 89
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Jungles, Jean Revillard
Jean Revillard est photographe. Il travaille à l’agence Rezo.ch, basée à Genève, qu’il a fondée en 2001. Auteur de nombreux reportages pour la presse, il vient d’obtenir en 2009 un deuxième World Press Photo Award, troisième prix, pour le portrait d’un migrant photographié dans un camp de réfugiés à Patras, en Grèce. Il a photographié deux ans durant la communauté des migrants stationnés à Calais. Pour lui, notre regard sur les migrants doit changer radicalement. «Je refuse de faire du misérabilisme, par rapport à notre idéal de liberté et de réalisation personnelle, ces migrants devraient être considérés autrement». Mais son travail suscite la polémique, en témoigne les reproches du critique et journaliste Louis Mesplé (voir son blog).

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« Il s’agit d’une série sur les abris d’infortune des migrants autour de Calais. Le photographe, Jean Revillard, met littéralement en scène, sous éclairage directionnel soit cru, soit crépusculaire, ces cabanes de bric et de broc dans la forêt. Il s’essaie à l’esthétisme (lequel ? ) d’une position à tous points de vues dominante sur un sujet où l’approche demanderait une réserve de distance et d’exactitude de couleurs pour ne pas verser dans sa déréalisation, sa fiction, son incroyable. L’absence d’occupant achève de faire ces huttes des décors déconnectés de toute histoire humaine. Pour être constructif, j’oppose à cette vision “snapshotés” (partant d’une démarche, j’en suis sûr, sincère) le travail sur plusieurs mois du photographe documentariste Bruno Serralongue. »
Louis Mesplé, Rue 89
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Ci-dessous quelques images de la Jungle de Calais, avant et pendant son «démantèlement» le 23 septembre 2009. Voir aussi les reportages de Paris Match et de l’Express.

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