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«En constituant une œuvre documentaire rendant compte des sites industriels allemands, Bernd et Hilla Becher souhaitent à la fin des années 1960 provoquer une prise de conscience et sauvegarder le patrimoine industriel allemand en cours d’abandon. Leurs photographies sont effectuées en respectant un protocole minutieux : lumière neutre, cadrage frontal et serré, absence de nuage, de personnages… Les tirages sont regroupés par six ou neuf de façon à constituer des typologies de sites (hauts fourneaux, cheminées…). Cette rigueur de composition impose au spectateur une distance caractéristique de l’ensemble de l’œuvre. Ils qualifient leur démarche d’objective, non pas tant parce qu’elle photographie “la vérité”, mais parce que les fonctions assignées à l’image photographique se veulent objectives : description, constat, inventaire. Selon Hilla Becher, “La photographie est une esthétique qui informe”.»

Assia Naïl, Photographie et arts de l’image : Objectivités. La photographie à Düsseldorf.

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En plus de quarante ans, depuis la fin des années cinquante, Bernd et Hilla Becher ont mené un projet descriptif et systématique de recensement par la photographie de bâtiments industriels : châteaux d’eau, tours de refroidissement, gazomètres, puits de mine, silos, hauts-fourneaux… constituent l’essentiel de leur répertoire. Réalisées selon un dispositif photographique invariable, classées en séries typologiques, leurs images en noir et blanc apparaissent aujourd’hui tant comme des témoignages précieux d’une architecture industrielle menacée par la ruine que comme de véritables « sculptures anonymes » – pour reprendre le titre de leur premier ouvrage -, reflets de préoccupations formelles et esthétiques.

Depuis leurs débuts, Bernd et Hilla Becher travaillent ensemble en se pliant à un protocole photographique strict, qui n’a pratiquement subi aucune modification au fil des ans : plaçant le bâtiment ou la structure photographiée au centre de l’image, ils l’isolent autant que possible de son environnement, tout en privilégiant un point de vue surélevé, afin d’éviter toute distorsion.

Bannissant du cliché toute source de distraction « individus, nuages ou fumées » ils privilégient une lumière diffuse, sans effets d’ombre trop marqués. Le recours à une chambre photographique à trépieds, l’utilisation d’un matériel peu sensible obligeant à recourir à des temps de pose élevés, participent de cette même volonté d’exclure tout élément spontané et de neutraliser leur objet.

Secondant l’acte photographique, le classement suivant des critères fonctionnels, géographiques, structuraux, historiques et esthétiques, aboutit à des ensembles typologiques par bâtiment, permettant de discerner les caractéristiques fondamentales de chaque bâti. Les groupes d’oeuvres, fixés depuis plusieurs années, sont étendus au fur et à mesure. Des photographies d’objets apparentés peuvent prendre place dans une typologie, indépendamment de la date de prise de vue. Pour préparer cette exposition, Bernd et Hilla Becher ont ainsi exploré leurs archives d’épreuves et de négatifs, tiré de nouvelles épreuves, modifié les typologies existantes pour en composer de nouvelles. Ces typologies revues, présentées à l’occasion de l’exposition, consistent en photographies éparses réalisées dans plusieurs pays et régions pendant plus de quarante ans.

Quentin Bajac
Commissaire de l’exposition
Bern et Hilla Becher
Centre Pompidou, 2004-2005

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