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Local Studies est un livre présentant le travail du photographe suisse Joël Tettamanti — diplômé de l’ECAL en 2001 — publié en octobre 2006 par Etc. Publications et dessiné par Onlab.

Véritable documentation du réel, sa démarche s’appuie sur un regard froid et direct sur les lieux et les paysages qu’il prend en photo. Son point de vue sans fioriture révèle des territoires insignifiants, des espaces vides. Il semble voir ce que nous ne regardons pas, érigeant la banalité du quotidien en beauté photographique presque idéale. Ses sujets, qu’ils soient architecturaux ou humains, dépassent l’anecdote pour devenir sculpture. Joël Tettamanti se penche sur les limites de la ville, ses périphéries silencieuses.

« C’est vrai, je dois l’admettre. Il y a très peu de personnes sur mes images. C’est dû à différentes raisons, que je contrôle mais aussi que je ne contrôle pas. L’une d’elles est assez logique : je m’intéresse aux espaces qui sont vides la plupart du temps. Les sites sur lesquels je me rends ne sont la plupart du temps pas utilisés ou n’ont aucun intérêt pour la majeure partie des gens. »

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Ce qui nous concerne donc ici — outre ses différents projets concernant directement l’architecture ou les paysages urbains (voir la série sur les immeubles de Créteil, dont une des images introduit l’article) — est ce livre monographique à propos de son travail. Le livre est construit comme un lexique. De A à Z, s’enchaînent des thèmes, des mots, des définitions : “absence”, “agglomérations”, “campagne”, “cartographie”, “échec”, “éternité”, “images d’Epinal”, “modernité”, “processus”, “utopie”, “ville”, etc. Face à ses définitions qu’il commente à la première personne ou que d’autres développent (par exemple, pour le mot “décadence”, il écrit : “Je reconnais dans me photos une tendance importante à la décadence. Je m’intéresse à des choses qui sont en transition. Des choses dont la qualité se délabre ou se transforme.”) se croisent les séries photographiques sur les lieux où le photographe s’est rendu. De Artémis en Grèce à Zagaya au Niger, en passant par Dubai ou Qaqortoq au Groënland, les images dialoguent avec les textes et les commentaires.

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C’est donc finalement deux index qui s’accompagnent et se complètent au sein d’une mise en page toujours en mouvement où les images illustrent le discours dans une logique aléatoire dictée par les coïncidences alphabétiques (face à un paysage suisse en construction, on peut lire : “Vitesse, tempo (rythme) : Je travaille très lentement. C’est un problème quelque fois pour les autres. Je ne suis pas un photographe de presse. C’est en quelque sorte un combat que de ne pas se conformer à ce système de vitesse.”).

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La qualité du livre tient donc autant du matériau photographique de l’artiste que du concept de la mise en page supportant les rythmes des sujets variés, compte-rendu subjectif d’un tour du monde en 224 pages. Aucune page ne se ressemble, chaque sujet est traité spécifiquement. Les tailles des images varient, les respirations et les vides finissent par confirmer cette impression d’ubiquité laissée par le travail de Joël Tettamanti.

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Et pour élargir le contexte, un lien vers un photographe issu de l’Ecal comme Joël Tettamanti : Léo Fabrizio, http://www.leofabrizio.com avec notamment son travail de diplôme sur les Bunkers alpins, publié chez InFolio (livre malheureusement épuisé ^^).