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Difficile de passer sous silence, lorsque l’on évoque le lien entre l’architecture et sa représentation visuelle, la dense production de Charles-Édouard Jeanneret-Gris, plus connu sous son pseudonyme “Le Corbusier”.

On sait que ce grand théoricien, un des principaux représentants du mouvement moderne (un “retour au décor minimal, aux lignes géométriques et fonctionnelles et la subordination des formes à l’emploi de techniques nouvelles”) était simultanément peintre, architecte et poète.

Ce que l’on sait moins en revanche est qu’il a publié plus d’une trentaine d’ouvrages entre 1912 et 1960 et qu’il “concevait chaque volume comme un projet tant intellectuel que matériel et esthétique, dont il entendait maîtriser l’élaboration de A à Z”.

“Le Corbusier, un architecte et ses livres” est un passionnant ouvrage de Catherine de Smet, historienne de l’art et spécialiste du design graphique, qui a consacré sa thèse à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (Paris) à l’étude de la relation que Le Corbusier entretenait avec ses livres.

Publié par Lars Muller à l’occasion d’une exposition entre autres présentée à Strasbourg (de novembre 2005 à février 2006), l’ouvrage met en lumière la place que la mise en forme graphique des livres occupe dans l’œuvre de cet architecte qui intervenait directement dans le choix des formats, des papiers, des caractères, et des couvertures de ses propres publications.

Catherine de Smet explique qu’“en assurant lui-même la mise en page de ses livres, Le Corbusier agit en constructeur, mais aussi en artiste, révélant une position singulière face aux courants de la modernité graphique. Il élabore en particulier une stratégie visuelle toute personnelle afin de créer dans l’espace imprimé une sorte de musée imaginaire de son œuvre personnelle multiforme, cherchant à accomplir, par le livre, son difficile projet de synthèse des arts.”

Dans un deuxième ouvrage, paru en 2007, intitulé “Vers une architecture du livre, Le Corbusier: édition et mise en pages 1912-1965”, qui a pour origine sa thèse de doctorat, l’auteur approfondit la question et rentre dans le détail de cette œuvre éditoriale, grâce à des documents d’archive inédits.

Elle nous invite ainsi à découvrir “l’architecte du livre qui se cache derrière le grand maître bâtisseur” en retraçant l’historique et en re-situant le contexte des publications, démontrant ainsi que Le Corbusier ne fait pas de distinction entre l’architecture et le travail éditorial, tant au niveau de la structure, de la circulation, que de la gestion des espaces, etc.

Dans l’“Avertissement” qui introduit l’ouvrage “Le Modulor” (1950), il déclare ainsi que “le mot architecture couvre ici l’art de bâtir [aussi bien que] l’art typographique des journaux, des revues et des livres”.

Le Corbusier contribue au développement de la créativité dans le monde éditorial dans le contexte d’après-guerre, ou l’édition connait un véritable essor, et fréquente des graphistes emblématiques, comme Jean Petit et Pierre Faucheux, tous deux alors au début de leur carrière.

Ces deux ouvrages constituent une formidable incursion dans l’univers d’un homme qui “exploite tous les moyens disponibles afin de faire connaître son travail, développer ses idées et peser sur l’opinion”; et est déterminé à synthétiser dans l’imprimé une pensée riche et protéiforme.

Des lectures à recommander absolument!

Ci-dessous, quelques doubles-pages de l’ouvrage
Le Corbusier, un architecte et ses livres
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Ci-dessous, quelques doubles-pages de l’ouvrage Vers une architecture du livre, Le Corbusier: édition et mise en pages 1912-1965
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